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Journalisme et Réalité augmentée sur mobile : quelles opportunités ?

Avec l’arrivée d’ARKit sur les iPhone et tablettes ainsi qu’ARCore sur Android, de nouvelles expériences en réalité augmentée vont pouvoir voir le jour. Et les journalistes vont pouvoir l’utiliser pour créer un nouveau type d’information augmentée. GoGlasses a réfléchi à quelques expériences et idées pour les journalistes pour créer de nouvelles expériences.

En tant que premier média francophone dédié à la réalité augmentée, GoGlasses se devait de s’interroger sur la question suivante : le monde du journalisme va t-il pouvoir se servir de la réalité augmentée pour apporter un nouveau type d’information à ses lecteurs. On a tenté d’y répondre ci-dessous ? (spoiler : la réponse est oui)

Petit rappel : qu’est-ce qu’ARKit et ARCore ?

ARKit et ARCore sont deux technologies qui ont pour objectif d’afficher des expériences en réalité augmentée sur smartphone. Ce sont plus techniquement ce qu’on appelle des SDK (Software Development Kit) ou des kits de développement en français. Ce sont des logiciels qui permettent aux développeurs de proposer des fonctionnalités supplémentaires pour mobile.

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ARKit est un SDK développé par Apple. Il s’appuie sur une technologie de VIO (pour tout comprendre sur ce système, nous renvoyons à l’article écrit à ce sujet qui décrit le fonctionnement technique d’ARKit). D’après les premiers retours développeurs, il s’avère que le SDK se prend assez rapidement en main pour créer une expérience en réalité augmentée simple pour peu qu’on ait quelques notions de Swift (le langage de développement pour iOS). Derrière cette technologie et la sortie d’IOS 11, Apple espère bien devenir le leader incontesté de la réalité augmentée sur mobile. Plus besoin d’installer une application ad hoc pour avoir une expérience en réalité augmentée. Vous pouvez depuis votre propre application utiliser ARKit pour donner à vos utilisateurs la possibilité de créer des expériences en AR compatibles sur tous les smartphones. Une véritable révolution dans laquelle bon nombre de développeurs vont s’engouffrer et sur laquelle les journalistes peuvent capitaliser pour penser autrement l’information.

Concernant ARCore, c’est un SDK qui permet de créer de la réalité augmentée sur mobile. Il fonctionne de la même manière qu’ARKit. En vérité, ARCore est une réponse direct de Google à Apple dès la sortie de son ARKit. ARCore est une version plus light de Tango, une autre technologie de réalité augmentée développée depuis quelques années chez Google, mais compatible seulement avec peu de smartphones. Avec ARCore, Google espère bien pouvoir démocratiser la réalité augmentée sur les smartphones tournant sous Android. Toutefois, il faut le téléphone soit compatible avec la technologie ARCore.

Les développeurs vont pouvoir prendre progressivement en main les différents kits et commencer à développer les premières expériences en réalité augmentée dans les prochains mois. Etant donné que la réalité augmentée sur mobile consiste à pouvoir afficher des éléments 3D ou 2D en surplus de notre réalité, il y a fort à penser les journalistes vont pouvoir s’intéresser de près à ces technologies pour apporter à leurs lecteurs de « l’information augmentée« .

Pourquoi utiliser la réalité augmentée dans le domaine journalistique ?

Vous connaissez probablement l’expression : « Mieux vaut une image qu’un long discours » (ndlr. : dérivée à l’origine d’une phrase de Napoléon : « Mieux vaut un bon croquis qu’un long discours« ). Lorsque vous êtes journaliste, vous savez manier les mots. Les mots sont votre arme. Mais que seraient-ils sans image ? Sans vidéo ? L’un va souvent de pair avec l’autre, notamment dans un monde toujours plus numérique. Alors qu’une image vous sert en tant que journaliste à illustrer vos propos, les mots vous servent à contextualiser cette dernière.

Pourquoi journalisme et réalité augmentée peuvent fonctionner ensemble ?

Pourquoi la réalité augmentée ne viendrait-elle pas s’ajouter en tant qu’élément supplémentaire à votre écriture et vos images/vidéos ? Ce nouveau média est intéressant pour deux points notamment :

  1. Alors qu’une vidéo ou une image est figée dans un instant et dépend essentiellement de l’oeil du journaliste, l’expérience de réalité augmentée permet d’introduire entre le lecteur et le narrateur/journaliste un aller-retour et de donner une certaine liberté au lecteur. En effet, ce dernier peut se déplacer à sa guise autour de l’objet ou du contexte comme il le souhaite, s’arrêter plus longtemps sur un point particulier, zoomer, modeler une nouvelle réalité… Vous laissez une part de liberté à votre lecteur qui devient également acteur de l’information. En ce que cette expérience en réalité augmentée s’interface avec sa propre réalité, l’expérience lui permet de « vivre l’article » et non plus seulement d’en être un simple lecteur. Une manière originale de proposer une nouvelle relation avec son lecteur et de revoir encore un peu plus loin ce qu’on appelle « le contrat de lecture ».
  2. Autre point intéressant : la réalité augmentée permet d’apporter une information plus précise et/ou originale à vos lecteurs là ou des photos ou des vidéos ne seront pas suffisants ou ne pourraient pas apporter la même information. Imaginons qu’un journaliste vous propose de visualiser un objet (par exemple la dernière Tesla). Au lieu d’avoir une photo ou une vidéo, pourquoi ne pourriez-vous pas voir réellement la taille de la voiture, la visiter, voir ses différents coloris… Une belle opportunité pour les marques autant que pour les journalistes de donner une nouvelle vision d’un produit et de donner encore « plus de corps » à un article.

Entre nouvelle empathie, technologie et nouveau contrat de lecture, la réalité augmentée devrait pouvoir redessiner quelques lignes de la communication journalistique sur certains aspects. En outre, il convient de remarquer que la réalité augmentée peut être intégrée à la fois sur des éléments papiers (avec des qr-codes adaptés par exemple), mais également dans une expérience de lecture sur mobile. C’est donc une technologie qui a le double avantage de pouvoir s’adapter aux médias journalistiques sous toutes leurs formes, ce qui est un avantage non négligeable et pourrait en faire un atout sérieux pour les médias contemporains qui utilisent tous ces types de support.

Les outils du journaliste pour créer des éléments en réalité augmentée

En plus de savoir maîtriser la langue dans laquelle il écrit, le journaliste est aujourd’hui confronté à devoir utiliser de nouveaux outils qui vont bien au-delà de l’écriture. Il se doît de maîtriser d’autres types de narrations. Il est photographe et maîtrise photoshop, il sait utiliser les réseaux sociaux pour faire passer ses messages, il sait utiliser des API pour devenir data-analyste, il connaît l’open-data et bien d’autres outils… Et que saura t-il faire dans les années à venir ? Il devra apprendre à créer et intégrer des éléments en réalité augmentée dans ses papiers et pour cela il devra notamment maîtriser deux éléments :

  1. Le journaliste devra être capable de connaître la 3D. Sans forcément être un expert, ni un designer 3D, il devra pouvoir donner des consignes et se repérer techniquement sur un élément 3D et connaître le langage associé pour discuter avec les directeur artistiques en charge de lui créer l’élément et les développeurs qui devront l’intégrer. A défaut d’être dans une grande rédaction qui aura les moyens d’avoir ces compétences, le journaliste devra apprendre par lui-même ces compétences. De nombreux outils viendront faciliter la prise en main de la 3D par la suite, mais à quel prix ? On attends que le monde de l’open-source puisse trouver les moyens de permettre au journaliste de faire cela (sans être un professionnel de Blender). A quand le plugin AR pour WordPress ?
  2. Un autre point important à noter est celui de la possibilité de scanner des environnements, des personnes ou des objets en 3D avec le smartphone. Que vous soyez reporters, journaliste local ou blogger, le scan 3D sera bientôt disponible sur les mobiles et vous permettra de proposer à vos lecteurs des expériences en réalité augmentée. Ne loupez pas l’occasion d’utiliser cette nouvelle technologie qui sera dans les prochains mois et années devenu un incontournable et qui ne sera pas forcément complexe à intégrer dans vos papiers.

 

Un exemple : Quartz, le média qui se met à l’information en réalité augmentée

La réalité augmentée de la part des journalistes n’est pas une nouveauté en soi. De nombreux grands médias l’ont déjà expérimenté. On pourra citer notamment Courrier International (interviewé dans les colonnes de GoGlasses) à propos de leur numéro spécial avec 8 expériences en réalité augmentée. Ces derniers avaient notamment utilisé la technologie Zappar que nous avions eu la chance également d’interviewer pour GoGlasses.

> Retrouvez l’interview de Max Dawes sur la technologie de Zappar.

La difficulté de cette technologie c’est qu’elle nécessite de télécharger Zappar. Ce n’est pas une technologie native à la différence d’ARKit ou ARCore. Sur le long terme, on peut difficilement demander aux lecteurs de devoir utiliser une application externe pour lire des contenus en réalité augmentée. Etant donné qu’ARKit et ARCore sont natifs, l’expérience utilisateur est tout de suite plus naturelle du fait d’une intégration possible avec votre application iOS ou Android existante.

Le dernier média en date à tester la réalité augmentée avec ARKit est le média américain Quartz. Pour les français qui ne connaissent pas Quartz et son application, il s’avère qu’elle fait figure d’exception dans le paysage journalistique. En effet, l’application est construire sous forme de conversation chat. Dans la « conversation » vous pouvez choisir si oui ou non vous souhaitez en savoir plus. Aujourd’hui, une fonctionnalité supplémentaire vient d’apparaître : la possibilité d’afficher des éléments en 3D et en réalité augmentée via ARKit. Pour Quartz, la toute première expérience s’est trouvée être l’affichage en réalité augmentée d’un satellite de la NASA appelé Cassini et qui pendant 13 ans a tourné autour de Saturne pour nous rapporter des centaines de millions d’informations sur la planète aux anneaux.

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Pour l’heure, un seul développeur est sur le sujet chez eux et tout est fait au compte-goutte. Une des difficultés rencontrée par le développeur de chez Quartz et notamment la rédaction est la difficulté de trouver des modèles 3D. Si des sites de vente d’assets 3D existent déjà (type SketchFab), le modèle correspondant exactement à l’article en question n’est pas forcément disponible. En outre, sur ces modèles, il faut parfois, par exemple, ajuster la « lumière » (light) afin de rendre le plus réaliste possible l’élément. En effet – et c’est un élément primordial pour la réussite de l’AR dans le milieu journalistique – la qualité des graphismes doit être de mise pour assurer une véritable plus-value à l’article et ils doivent pouvoir être utilisables dans n’importe quel environnement (vous ne savez pas où votre lecteur se trouve au moment de la consultation de votre article).

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Cette expérience AR par Quartz est tout particulièrement intéressante à plusieurs points de vues :

  1. C’est une expérience qui est proposée de manière native sur votre portable. Par conséquent, tous les lecteurs qui possèdent un téléphone compatible avec ARKit et/ou ARCore pourront (sans avoir besoin de télécharger une application externe ou de scanner un quelconque code) profiter de l’expérience en réalité augmentée. Cela rend donc l’information à la fois plus accessible pour un grand nombre de lecteurs et permet au journaliste de s’exprimer autrement.
  2. Ce n’est pas une fonctionnalité qui est proposée sur tous les articles. Tous ne nécessitent pas d’avoir nécessairement de la réalité augmentée.
  3. Actuellement, il y a un vrai manque de modèle 3D de qualité. Aujourd’hui créer des éléments 3D coûte cher et nécessite des compétences que les journalistes ne possèdent pas. Il est possible que de telles compétences soient par la suite intégrées dans les rédactions. Ce manque de modèles 3D est important. En effet, ce manque déterminera si oui ou non la technologie AR prendra dans l’information augmentée et ne sera pas relayée dans le domaine du « gadget ». Comment faire pour permettre l’émergence de l’AR au sein des rédactions journalistiques ? On peut imaginer par exemple un modèle tiers : que les assets 3D soient faits par les régies publicitaires ou marques. Cela aurait pour intérêt de pouvoir baisser les coûts pour les journalistes tout en assurant la qualité de la 3D et pour l’annonceur de voir, par exemple, son logo attaché un élément 3D faisant pleinement partie de l’expérience AR. Comme tout élément sponsorisé, c’est à utiliser avec parcimonie, notamment si cela doit influer fortement sur l’article du journaliste. Au final, est-ce pour autant un modèle si éloigné de ce qui se fait actuellement et qui fonctionne relativement bien ? Dans un  tel système autant les marques que les journalistes peuvent s’y retrouver. On peut imaginer également que les RP envoyés aux journalistes contiendraient également un (ou plusieurs) éléments 3D à disposition du journaliste afin qu’il puisse l’intégrer dans son article. D’autres modèles émergeront probablement par la suite, mais il faut garder à l’esprit que ce manque d’assets est une réalité qu’il ne faut pas négliger pour apporter un contenu de qualité aux expériences AR pour les journalistes.
  4. Concernant l’expérience AR, Quartzaz n’a pas communiqué sur le taux de clics. Or, c’est un point important à connaître (et Quartz le connaît forcément). Dans une course à l’audience, le nombre de personnes qui ont cliqué sur l’expérience AR est primordiale. Si le ROI n’est pas au rendez-vous sur cette fonctionnalité, si l’utilisation est faible, il y a peu de chance que cela puisse intéresser des annonceurs (qui font vivre les médias). L’analytics sera donc un élément fondamental dans l’intégration de ce type d’expérience en réalité augmentée pour le journaliste.

 

Quelques idées pour vous lancer dans la réalité augmentée si vous êtes journaliste

Vous êtes journalistes et souhaitez proposer de nouvelles expériences à vos lecteurs et vous pensez que la réalité augmentée pourrait vous être bénéfique ? Voici quelques conseils préalables avant de vous lancer.

Réalité augmentée : choisir la bonne technologie et le bon device

La réalité augmentée n’est pas une technologie nouvelle et il existe sur le marché beaucoup de solutions pour mobiles, tablettes et lunettes. Laquelle choisir ? Avant cela, vous devez choisir le bon device et notamment celui qui est le plus utilisé par vos lecteurs. Force est de constater que dans un premier temps, cela sera sur mobile. A vous d’identifier ensuite si vos lecteurs sont plutôt sur iOS ou Android. Surtout ne voyez qu’un seul device dans un premier temps. Le développement hybride (avec l’utilisation React par exemple) pour des expériences en réalité augmentée n’est pas encore au point pour l’heure. Vous devez donc choisir le SDK adéquat : ARKit ou ARCore. Il vous est bien évidemment possible de choisir d’autres technologies type Zappar ou Vuforia par exemple, mais pourquoi se priver de SDK totalement pensés pour les smartphones sur lesquels vous souhaitez développer et sur lesquels vous pouvez contrôler l’expérience pour vos utilisateurs avec certitude ?

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Choisissez votre sujet pour intégrer de la réalité augmentée

Une fois que vous avez identifiés le bon device, posez-vous la question suivante : est-ce que mon expérience en réalité augmentée va aider mes lecteurs à comprendre mieux mon sujet ou bien pourrais-je m’en passer ? Ne faites pas de la réalité augmentée pour en faire. Si la première expérience pourra avoir un « effet whaou » auprès de vos utilisateurs, il ne verront probablement pas l’intérêt par la suite d’utiliser votre expérience AR (que vous aurez mis du temps à développer…) qui est censée illustrer vos propos. A l’inverse, si vous proposez une expérience qui donne un complément d’information, des détails, plus de précisions et qui aide à mettre en valeur vos propos alors vous tenez probablement la clé pour intéresser et fidéliser sur le long terme vos lecteurs avec cette technologie.

En outre, il est important de choisir son sujet. Tous ne pourront probablement pas intégrer de la réalité augmentée. Si le domaine est encore relativement neuf pour n’écarter aucun sujet, force est de constater que certains sujets auront un grand intérêt à utiliser de la réalité augmentée pour leurs lecteurs. Si vous êtes un média qui parle de voiture, pourquoi ne pas montrer vos différentes voitures en AR pour vos lecteurs ? Si vous êtes un média qui parle de design pourquoi ne pas faire tester ces nouveaux meubles à vos lecteurs ? Si vous êtes un média spécialisé dans les montres pourquoi ne pourriez-vous pas faire tester les dernières montres en réalité augmentée aux poignets de vos lecteurs ? Si vous êtes un média spécialisé dans la médecine, vous pourriez avoir intérêt à étayer vos propos par des éléments en réalité augmentée pour être encore plus clair pour vos lecteurs. On pourrait probablement multiplier les exemples qui ne vont faire que fleurir dans les prochaines années. Si cela vous intéresse, n’hésitez pas à nous contacter pour que nous en parlions.

Pensez votre expérience AR : entre ambition et précautions

Une fois que vous avez choisi votre sujet et la plateforme de développement, il s’agit de développer dans les faits cette expérience. A l’heure actuelle, il fois savoir être ambitieux tout en prenant des précautions. Comme nous vous le disions dans un précédant article sur GoGlasses, ARKit (et ARcore) ne sont pas aussi complets que Tango et ne permettent pas exactement les mêmes expériences. Il y a plusieurs éléments à mettre en place : créer une belle 3D (aucun intérêt de sortir une expérience en réalité augmentée avec un élément 3D fait trop rapidement…), connaître les différentes interactions que l’utilisateur pourra faire (et devra faire pour que l’expérience AR ait un intérêt)… Si vous souhaitez intégrer du partage (2 personnes qui partagent en même temps la même expérience en AR), de la persistance des données et d’autres technologies complexes sachez que vous ne pourrez pas le faire encore avec ARKit et ARcore dans un premier temps. Proposez donc une version 1 fonctionnelle et stable avec une seule fonctionnalité pour que l’expérience soit déjà la plus fluide possible. ARKit et ARCore vont largement évoluer dans les mois et années à venir (autant que les smartphones) et vous pourrez par conséquent voir à développer une V2 par la suite.

La prochaine étape de la réalité augmentée : le partage, l’hologramme et le WebAR

Voilà que vous avez fait votre première expérience avec ARKit et/ou ARCore. Vous avez fait plusieurs tests, plusieurs expériences en réalité augmentée sur mobile. Mais vous voulez apporter de nouvelles expériences en réalité augmentée pour vos lecteurs. Vers quoi devez-vous vous diriger ? Il y a beaucoup de nouveaux domaines à explorer et à inventer et cette dernière partie d’article ne vise pas à être exhaustif sur ce point-là, mais à donner quelques pistes pour améliorer les expériences d’informations augmentées. Cette partie est donc purement prospective, même si elle s’appuie sur des idées qui commencent à être évoquées au regard du développement actuel du marché.

Une nouvelle expérience de partage en réalité augmentée

Sur le web, deux périodes sont bien distinctes : le web 1.0 avec des pages statiques, puis dynamiques pour apporter de l’information. C’est l’ère « Google ». Le web 2.0, c’est l’ère Facebook/Twitter, l’époque du web qui se partage et qui se commente. Tout laisse à penser que ce mouvement pourrait se retrouver sur les expériences en réalité augmentée dans le journalisme tout du moins. En effet, avec les premières expériences AR avec des SDK comme ARKit et ARCore, vous allez pouvoir avoir accès à des éléments en 3D et des environnements scannés en 3D dans lesquels vous allez pouvoir vous déplacer. On pourrait voir ces éléments et environnements comme statiques. Ces éléments pourront peut-être eux-mêmes être vu comme des liens vers d’autres expériences AR informationnels. Mais dans un premier temps, il ne sera pas possible de partager cette expérience en même temps avec d’autres personnes en temps réel (tant d’un point de vue technique que structurel [les ressources demandées pour faire cela sont considérables]).

A quoi pourrait donc ressembler une expérience en réalité augmentée 2.0 d’un point de vue journalistique ?

  1. C’est dans un premier temps une expérience AR qui se partage, c’est-à-dire « qui se commente ». Mais qu’est-ce qu’une expérience AR commentée ? Imaginons qu’un journaliste évoque la dernière voiture Tesla et propose à ses lecteurs de visionner le dernier modèle à ses lecteurs afin qu’ils puissent se rendre compte de la taille, de la couleur et des différentes lignes. On serait ici dans une expérience AR 1.0. Imaginons ensuite que le journaliste donne accès à cet asset 3D et permette à des commentateurs passionnés de rajouter d’autres éléments à l’expérience : des commentaires et des informations complémentaires sur le type de matériaux utilisé et où se le procurer, des éléments comparatifs en 3D permettant de comparer des modèles (exemple : quelle est la différence entre telle Tesla et telle autre), de proposer de nouvelles jantes compatibles à visionner en AR, d’introduire des sons de moteurs… C’est l’ère de la modification et du commentaire AR 2.0. Ils permettent de modifier et d’améliorer l’expérience proposée par le journaliste. Tout comme les commentaires à l’heure actuelle, ils ne sont pas disponibles à première vue (il faut scroller en fin d’article) puisqu’il ne s’agit pas de dénaturer le travail du journaliste, mais bien de l’améliorer, voire de le rectifier (imaginons que le journaliste donne une taille fausse sur la voiture, un commentateur pourrait reprendre le modèle et le proposer en commentaire). Si les outils ne sont bien évidemment pas encore disponibles dès aujourd’hui, il pourrait s’agir d’une vraie nouvelle expérience qui améliore le travail du journaliste sur son expérience en réalité augmentée. Reste à inventer ce que donnerait le commentaire AR 2.0 d’un point de vue UX (Point of Interest, intégration de vidéo 2D…).
  2. Dans un second temps, une expérience AR 2.0 serait de pouvoir passer d’une expérience à une autre. Pourquoi ne pourriez-vous pas passer d’une expérience en réalité augmentée à une expérience en réalité virtuelle, puis de repasser ensuite en AR. La possibilité de passer d’expérience en expérience sans friction sera également le lot du développement de l’AR 2.0.

L’ère du journalisme holographique ?

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On a jusqu’à présent parlé du journaliste en tant que narrateur d’un sujet et qui propose un élément en réalité augmentée pour illustrer ses propos et permette une meilleure compréhension de son sujet. Or, en proposant cela il laisse la liberté au lecteur d’interagir à sa guise avec l’élément en AR ce qui induit un risque pour le lecteur de ne pas comprendre l’expérience, notamment si l’élément proposé est complexe et l’UX mal pensée. Bien évidemment, il serait possible d’intégrer une voix commentant l’objet en réalité augmentée, mais pourquoi ne pas aller plus loin et proposer au journaliste de s’intégrer lui-même dans l’expérience en AR et de la commenter pour aider l’utilisateur à mieux comprendre l’expérience ? Nous en sommes encore loin, mais une société néo-zélandaise du nom de i8 travaille déjà sur des personnages holographiques. Dans quelques années, il pourra donc probablement être possible d’intégrer ce type d’expériences. Le journalisme holographique c’est pour demain !

WebAR et journalisme : demain, la réalité augmentée sera sur le web

Pour l’heure, nous n’avons parlé dans cet article que des SDK mobiles et particulière d’expériences natives avec iOS et ArKit. Le futur n’est pas au natif, il est au web. Dans le cas de la réalité augmentée il est au WebAR. Le principe est de pouvoir rendre toutes ces expériences accessibles depuis un navigateur web et non plus depuis une application native. Nous sommes encore tout particulièrement au début du WebAR et les expériences évoquées ci-dessus n’en sont (si elle existent) qu’au stade de POC (proof of concept). En rendant ces expériences accessibles sur le web, vous donnerez la possibilité à plus d’expériences d’exister. Aujourd’hui, le trafic d’un site web média quelque soit son audience viendra beaucoup des recherches Google, et notamment des sites tels que Facebook ou Twitter. Depuis ces applications vous accédez à des sites web et non pas à des applications natives. Par conséquent si le journaliste propose une expérience AR pour mieux expliquer un concept sur une application native et qu’elle n’est pas accessible depuis son site web, c’est tout le concept de l’explication qui est mis à mal puisque vous n’aurez pas la possibilité en tant que lecteur de voir cette expérience.

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Si le métier de journaliste est sans cesse en train de changer, on l’a vu la réalité augmentée pourrait permettre à nos confrères de pouvoir donner une nouvelle dimension à l’information en augmentant l’information. Nous en sommes encore au début, mais force est de constater qu’un grand nombre de médias pourraient bien être fortement intéressés par cette nouvelle technologie. Encore faut-il savoir l’utiliser à bon escient !

 

A propos de Milan Boisgard

Fondateur du site GoGlasses.fr, je cherche à comprendre et à analyser le phénomène de réalité virtuelle et augmentée pour en tirer des usages concrets et développer le domaine.