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[5 questions @] Florent Pelissier, Product Marketing Manager des Microsoft Hololens et de Windows Mixed Reality

GoGlasses a rencontré Florent Pelissier, Product Marketing Manager des Microsoft Hololens et de Windows Mixed Reality, chez Microsoft.

Marketing Manager de Windows Apps, Product Marketing Manager de Windows 10 puis Product Marketing Manager des Microsoft Hololens et Windows Mixed Reality : le moins que l’on puisse dire, c’est que Florent Pelissier dispose d’une solide expérience chez la firme de Redmond. GoGlasses s’est donc entretenu avec lui au cours d’une interview fleuve revenant sur les projets de Microsoft, les premiers retours des casques de réalité virtuelle Windows et les différents usages professionnels des Hololens.

GoGlasses | Bonjour Florent. Comment ont été accueillis les casques de réalité mixte Windows Mixed Reality (Acer, Lenovo, Dell, HP), environ un mois et demi après leur lancement ? Avez-vous eu des premiers retours ? Si oui, quels sont-ils ?

Florent Pelissier : Aujourd’hui, les feedbacks sont plutôt bons. Notamment lors des démonstrations en magasins où nous avons un vrai effet « whaou ». Je pense que c’est assez intéressant, et c’est aussi ce que l’on recherchait. Microsoft a l’objectif de démocratiser cette technologie auprès du grand public. Nous avons quand même une force de frappe, notamment grâce aux constructeurs et retailers avec lesquels nous avons des accords. Nous avons une force de frappe qui est sans doute plus importante que les autres acteurs qui sont sur le marché. Quand on veut mettre en place un plan de démonstration dans les magasins, ça correspond à 110 magasins de la région parisienne, des Fnac aux Carrefour en passant par les Darty, qui ont tous des démonstrateurs et des corners qui mettent en avant les produits.

Lorsque nous organisons des démonstrations en magasins, les retours sont donc positifs. Les gens sont enthousiastes sur plusieurs points : de un, le fait que ce soit plutôt simple à faire marcher. C’est dans notre proposition de valeur d’avoir du plug and play. Et derrière, la configuration est plutôt simple à réaliser. D’où le fait que ce soit bien accueilli. De deux, je pense que la partie positionnement prix est aussi importante. L’une des conditions de la démocratisation d’une technologie réside dans son accessibilité financière. Et là, pour le coup, il y a de vrais efforts qui ont été faits par rapport à la concurrence. Les chiffres, que je ne peux partager pour plein de raisons, sont tout de même positifs. D’autant plus avec les effets du Black Friday et des dernières promotions.

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Concernant la partie promotion, il sera intéressant de lancer des bundles avec nos partenaires. Même si je n’ai pas encore les détails de l’offre, nous pourrions par exemple mettre un place un système « un ordinateur acheté, un casque offert ». C’est ce vers quoi on veut tendre. Il faut aussi insister sur le fait que dans ces efforts de démocratisation, on essaye de pitcher sur l’accessibilité des ordinateurs compatibles. Certes, il y a toutes les gammes des ordinateurs gamers qui peuvent faire tourner les casques. Mais il n’y a pas non plus besoin d’une machine dotée d’un Intel Core i7 et de la toute dernière carte graphique. Il y a même des PC laptop qui sont compatibles, ainsi que le dernier Surface Book 2. Surface Book 2, plus le casque, c’est un setup plutôt léger, sympa et abordable.

Nous continuons aussi nos efforts de communication : on va mettre en place un plan de com’ solide en vue des ventes de Noël. Ca comprend les bâches que l’on voit sur le campus et des affiches placardées dans le métro. Une campagne plutôt classique. Si spots publicitaires il y a, ça passera peut-être par nos partenaires et non par Microsoft. Nous avons un focus très grand public jusqu’à Noël. Mais à partir de début 2018, nous allons mettre l’accent sur les professionnels et les entreprises. Les casques Windows ont une valeur ajoutée intéressante pour le secteur B2B.

Travailler avec des constructeurs partenaires fait partie de l’ADN de Microsoft

Enfin, et il faudra que l’on renforce ce point-là, nous allons travailler sur la partie contenu. Du 4 au 8 décembre, nous allons par exemple organiser un Porting Lab. C’est à dire que l’on va sélectionner quelques studios parisiens pour les accompagner pendant une semaine. Des personnes techniques vont les aider à coder, en prenant leur code d’application compatible avec l’Oculus ou le Vive que l’on va porter sur les casques Windows Mixed Reality. Il y a aussi eu des annonces autour de SteamVR, disponible en preview dev’ dans un premier temps, et depuis peu publié en preview grand public. Avec une sortie définitive pour le début de l’année prochaine.

GoGlasses | Microsoft dispose de sa propre plateforme destinée à la réalité virtuelle et augmentée, Windows Mixed Reality, et de son propre casque de réalité mixte, les Microsoft Hololens. Plutôt que de faire appel à des partenaires, pourquoi ne pas avoir construit votre propre casque de réalité virtuelle ?

F.P : Cela fait partie de l’ADN de Microsoft. Depuis très longtemps, pour la partie PC voire même téléphone, on s’est appuyé sur un écosystème de partenaires. Nous sommes plutôt un fournisseur de logiciel/plateforme, utilisé par les partenaires qui construisent du hardware comme les PC et les tablettes. Nous avons légèrement changé cette approche à l’époque de Surface. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire avec le deux en un, le tactile, quelque chose de léger. Microsoft a pris le pari de faire du hardware pour montrer la voie, là ou doit aller le marché, et ce pour embarquer les partenaires constructeurs avec lui.

Sur la réalité mixte, nous avons voulu montrer quelque chose de nouveau et d’innovant avec les Microsoft Hololens. Nous voulions montrer la voie avec un produit et une technologie qui nous est propre à 100 %. Mais qui reste sur un marché spécifique, celui du B2B, avec des usages spécifiques et une accessibilité limitée. Par contre, dans l’objectif de démocratiser la réalité mixte auprès du grand public, nous avons voulu continuer notre tactique initiale, c’est à dire s’associer avec nos partenaires.

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Et de leur proposer une plateforme, Windows Mixed Reality, et un petit peu d’éléments hardware. Parmi les 16 capteurs présents dans les Hololens, nous en avons choisi deux qu’on a intégrés dans ces casques. Par contre, nous allons les laisser travailler sur ce qu’ils savent faire, à savoir le design et la construction. C’est avec leur aide que l’on va démocratiser le marché. A plusieurs, ça fonctionne mieux que tout seul. C’est pour ça que l’on a pas sorti notre propre casque de réalité virtuelle.

GoGlasses | Avec les Microsoft Hololens, la firme de Redmond est parvenue à pénétrer une partie du marché B2B. Quels sont les premiers retours des professionnels ? Quelle est la situation actuelle ?

F.P : Je m’occupe des Hololens depuis maintenant plus d’un an. C’est vrai que l’on observe une vraie évolution. Au départ, nous étions dans une phase de découverte. Désormais, nous sommes dans une phase où les entreprises sont en train de se les approprier, notamment dans le but d’améliorer leurs gains et bénéfices. Les quatre grands usages des Microsoft Hololens sont les suivants : la formation et l’apprentissage. Des sociétés utilisent les Hololens pour optimiser leur processus de formation.

Pour vous citer des exemples français, il y a Total, qui s’est équipé de Microsoft Hololens pour la formation de techniciens de maintenance qui opèrent dans les stations services. Mais également Areva, pour former les personnes qui vont intervenir dans des milieux dangereux ou hostiles comme les centrales nucléaires. Les Hololens leurs donnent des informations en plus, comme le niveau de radioactivité ou le bon emplacement du réacteur qu’ils sont en train de poser dans la centrale.

Le temps d’intervention de ThyssenKrupp a été divisé par quatre grâce aux Microsoft Hololens

Second grand cas d’usage : la maintenance assistée, très utilisée avec les Hololens. C’est la possibilité d’avoir un opérateur qui intervient avec les Hololens, tout en demandant de l’aide à un collègue qui est derrière un bureau, par Skype notamment, qui va d’ailleurs subir une mise à jour l’année prochaine avec une version entreprise directement inclue dans les Hololens. Nous avons donc de nombreuses entreprises qui se dotent des Hololens pour de la maintenance assistée.

Le troisième grand cas d’usage concerne l’assistance sur une chaîne de production. Typiquement, l’exemple de Renault Trucks rentre dans cette catégorie, où l’opérateur de production reçoit de l’information supplémentaire pour être plus productif, avoir le bon geste, savoir où installer telle ou telle pièce. Pour le coup, nous pouvons facilement mesurer le ROI et le gain de productivité. Pour le cas de ThyssenKrupp, spécialisé dans la production de monte-escaliers, le temps d’intervention a été divisé par quatre en utilisant les Hololens. Ces derniers prend les mesures plus rapidement, les envoie à son siège qui édite en live un devis.

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Le quatrième et dernier grand cas d’usage est celui de l’expérience client et de l’engagement commercial. On se sert des Hololens pour proposer une nouvelle expérience à son client, comme Rémy Martin, qui fabrique du cognac haut de gamme. Cette maison est obligée de raconter une histoire et d’immerger le client dans un environnement. Une table physique placée dans le magasin, et sur laquelle se trouve quelques éléments, va servir de support aux Microsoft Hololens. Une expérience en réalité mixte va alors permettre de comprendre la distillation du cognac. Vu que les Hololens n’immergent pas totalement, le commercial peut ainsi voir la réaction du client dans ses yeux. Un verre de cognac peut même lui être servi pour lui faire sentir, malgré le port des Hololens. Remy Martin nous a indiqué que les ventes avaient été améliorées de 15 % dans les magasins où était mis en place ce dispositif.

GoGlasses | Aujourd’hui, Microsoft participe largement à la démocratisation de la réalité virtuelle. Quels seront les moyens mis en oeuvre pour continuer dans cette voie ?

F.P : Dans un futur proche, nous allons poursuivre ce travail de démocratisation. C’est à dire rendre encore plus de PC compatibles, continuer d’être attractif dans nos offres hardwares avec des prix encore plus bas et des setup encore plus faciles. Il y a un élément que nous n’avons pas évoqué, c’est le gaming. Nous avons une console, Xbox One X, disponible depuis quelques semaines. Il y aura probablement une approche VR/MR avec cette console dans les prochains mois. Cela va aider à démocratiser la réalité virtuelle.

Nous pensons que la 3D est le prochain paradigme du computing

L’idée, c’est aussi de proposer toujours plus de contenus, et ne pas se cantonner qu’au gaming. Il y a énormément de gaming dans le contenu proposé. Chez Microsoft, nous avons une approche plus large : nous ciblons, bien entendu, les acteurs gaming pour qu’ils développent des jeux VR sur notre plateforme, mais également les acteurs du divertissement. L’application qui résume le mieux ce domaine est HoloTour, disponible sur nos plateformes. Et on aimerait sortir de nombreuses expériences comme HoloTour. Sans oublier nos licences, comme Minecraft et Halo, déjà disponibles en version immersive.

Nous allons donc continuer à démocratiser le sujet en proposant des casques variés, pour ne pas être limités en choix. Aujourd’hui, nous avons justement le choix entre presque une dizaine de casques. Il y a aussi des concurrents qui commencent à travailler sur des solutions standalone. Ce ne sont pas des casques qui ont la même puissance qu’un modèle relié à un PC. Mais on sait qu’il y aura un shift vers cette tendance là, que Microsoft suivra de près.

GoGlasses | Florent, en tant qu’expert du domaine, comment voyez-vous l’évolution de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée dans les prochaines années ?

F.P : Le premier point que je souhaite aborder, ce n’est pas la VR ou la VR, mais la 3D, encore plus importante. La réalité virtuelle et réalité augmentée n’est qu’une façon de voir la 3D. On pense que la 3D est le prochain paradigme du computing. Il y a eu la révolution de l’ordinateur à partir des années 1970, la révolution du web et de l’accessibilité aux informations et de la donnée dans les années 2000, puis la révolution du mobile dans les années 2010, qui n’a pas très bien marché pour Microsoft. Et on pense que la quatrième révolution dans le monde de l’informatique tournera autour de la 3D, des réalités alternatives et des technologies immersives. Et c’est pour ça que nous investissons fortement dedans.

En regardant ce qu’a écrit Satya Nadella dans son livre Hit Refresh, trois grands objectifs de Microsoft ressortent : la Mixed Reality, l’Intelligence Artificielle et le Quantum Computing (ordinateur quantique, ndlr). Nous sommes donc sérieux sur le sujet des technologies immersives. Comment je vois l’avenir ? Je pense que l’on a trop fait le distingo entre la VR et l’AR. A terme, ces solutions vont merger (fusionner, ndlr) et se combiner au sein d’une même expérience. Il faudra aussi que l’on s’affranchisse du hardware. Aujourd’hui, nous avons de magnifiques expériences, mais nous devons encore nous connecter à un ordinateur avec un fil. Comment s’affranchir ? Peut-être que dans 10 ans, nous porterons tous des lentilles. J’en ai aujourd’hui pas la moindre idée.

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J’avais envie de partager une citation d’un auteur, qui dit : « Ce que nous avons dans les mains atteindront nos yeux ». L’objet qui démocratise le plus l’AR et la VR reste encore le téléphone. Je pense qu’à l’avenir, en effet, l’idée est de garder les mains libres en ayant les informations devant nos yeux. En terme d’usage, j’ai été bluffé lorsque j’ai testé pour la première fois Holoportation, qui rappelle les hologrammes de Star Wars lors d’un conseil de Jedi. Et pour le coup, on l’a fait pour de vrai. Toutes ces réunions holographiques pourraient prendre un pan important des expériences du futur.

Il y a encore des contraintes et des barrières à lever pour que le sujet atterrisse dans les mains de tout le monde. Notamment les coûts, même si nous essayons d’apporter notre pierre à l’édifice en baissant le prix des casques. Pour qu’un néophyte puisse utiliser un casque, il faut aussi que ce soit simple d’utilisation. C’est la direction qu’il faut prendre. La dernière chose à creuser, ce sont les technologies haptiques, qui permettent d’avoir des sensations de toucher, et qui ont un fort potentiel.

A propos de Grégoire Huvelin

Amoureux des mots, joueur de poker à mes heures perdues et inlassablement animé par les nouvelles technologies qui façonneront notre avenir.